Territoires durables

Circuits courts : la définition officielle, les chiffres du recensement agricole et les enjeux pour la restauration

Territoires durables · Publié le 2026-10-19

Sur un étal de marché de producteurs, des paniers de haricots verts, de choux-raves violets et de légumes frais
Légumes d'un producteur sur un marché. Photo : U.S. Department of Agriculture, via Wikimedia Commons, domaine public.

« Circuit court », « vente directe », « produit local » : ces mots sont souvent employés l'un pour l'autre. Ils ne disent pourtant pas la même chose. Le circuit court a une définition précise, utilisée par la statistique publique, qui porte sur le nombre d'intermédiaires et non sur la distance. Pour les entreprises, les cantines et les collectivités qui veulent s'approvisionner autrement, cette nuance compte.

La définition : un intermédiaire au plus

Selon l'Insee, les circuits courts sont des circuits de vente directe au consommateur final, ou avec un seul intermédiaire entre l'exploitation agricole et le consommateur final. La distance géographique n'entre pas en considération. C'est cette définition qu'utilise la statistique agricole pour exploiter le recensement agricole.

Vente directe
Aucun intermédiaire : vente à la ferme, marché, cueillette, panier, point de vente collectif tenu par les producteurs, vente en ligne par l'exploitant.
Vente indirecte à un intermédiaire
Un seul maillon : un restaurant, un commerçant détaillant, un magasin, une cantine qui achète directement au producteur.

Court ne veut donc pas dire local. Un producteur qui expédie ses produits à un client à l'autre bout du pays vend en circuit court ; une pomme cultivée à quelques kilomètres mais passée par une coopérative, un grossiste et un supermarché ne l'est pas.

Qui vend en circuit court ?

Le recensement agricole de 2020, analysé par l'Insee et l'Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture, montre que la vente en circuits courts est l'activité de diversification la plus répandue des exploitations. En France métropolitaine, elle concerne 23,1 % des exploitations agricoles, soit près d'une sur quatre. La vente directe à la ferme en est le mode privilégié.

Part des exploitations vendant en circuits courts selon leur spécialisation, en 2020, France métropolitaine. Source : Insee, Agreste, recensement agricole 2020.
SpécialisationPart
Apiculture86,6 %
Fleurs, horticulture diverse79,3 %
Légumes, champignons70,2 %
Cultures fruitières45,8 %
Viticulture29,6 %
Volailles23,8 %
Bovins lait11,9 %
Grandes cultures9,4 %
Ensemble23,1 %

Les écarts sont considérables : les maraîchers, les horticulteurs et les apiculteurs vendent massivement en direct, les céréaliers très peu. Au total, toujours selon l'Insee, 36,4 % des exploitations exercent au moins une activité de diversification, circuits courts compris.

Les formes de vente directe

Chacune de ces formes a ses contraintes : temps passé à la vente, chaîne du froid, étiquetage, encaissement. C'est sur ces contraintes que se concentrent beaucoup d'outils numériques.

Ce que le circuit court change pour le producteur

Vendre en circuit court permet de mieux valoriser sa production, en captant une partie de la marge des intermédiaires, et de connaître ses clients. Mais cela demande du temps, des compétences commerciales et logistiques, des équipements (local de vente, chambre froide, véhicule) et le respect des règles d'hygiène et d'étiquetage. Beaucoup d'exploitations combinent plusieurs débouchés : une part en direct, une autre via une coopérative ou un négociant.

Ce que le circuit court change pour l'acheteur

Pour le consommateur, le circuit court permet de savoir qui produit et souvent comment. Il ne garantit pas, à lui seul, un mode de production biologique, un prix plus bas ou un meilleur bilan environnemental : le transport de petites quantités sur de nombreux trajets individuels peut peser lourd. Les signes officiels de qualité (agriculture biologique, label rouge, AOP, IGP) sont, eux, des repères officiels contrôlés sur le mode de production ou l'origine.

Restauration collective : le circuit court sans préférence locale

Les cantines publiques sont soumises au droit de la commande publique, qui interdit de favoriser un candidat en raison de sa seule localisation. La loi EGalim ne fixe donc pas d'objectif de produits « locaux » : ses 50 % portent sur des produits « durables et de qualité », définis par des signes et mentions officiels. Les acheteurs publics peuvent cependant favoriser les circuits courts par d'autres moyens : allotissement fin des marchés pour permettre aux petits producteurs de répondre, critères de fraîcheur ou de saisonnalité, achats directs dans les limites autorisées. Le ministère de l'Agriculture a publié des outils, comme un clausier dédié aux marchés publics alimentaires, pour aider les gestionnaires à privilégier des produits locaux et durables dans le respect du droit.

Les projets alimentaires territoriaux jouent ici un rôle clé, en structurant l'offre locale pour qu'elle puisse répondre aux besoins de la restauration collective.

S'y retrouver

Un terrain pour l'innovation

Les circuits courts ont suscité de nombreuses innovations : plateformes de commande groupée, casiers de retrait, logistique mutualisée entre producteurs, outils de gestion pour les magasins de producteurs. Leur difficulté principale reste souvent logistique : réunir de petits volumes dispersés pour livrer de manière régulière, au bon coût. C'est un sujet de choix pour les hackathons territoriaux, et un levier pour atteindre les objectifs fixés par la loi EGalim.

Sources